Tidiane

Dans une petite chambre d'hôtel de la zone commerciale des Lisses, près d'Evry, j'apprends à connaître Tidiane. J'écoute ses coups de gueule, je participe de ses éclats de rire. Nous sommes en 2006. Tidiane est un des "1000 de Cachan" : un ancien occupant de ce que les journalistes de l'époque nomment le "plus grand squat de France". Tidiane a 23 ans. Il est ivoirien. Il a fui la guerre en laissant derrière lui ses deux enfants. Dans cette chambre d'hôtel, Tidiane attend papiers et logement et se demande de quoi son avenir sera fait. Débute alors le récit d'onze années de vie.

EN : In a hotel room near Evry, I'm meeting Tidiane. I'm listening to his roars, his bursts of laughter. We are in 2006. Tidiane is one of «1000 of Cachan» : called «France’s biggest squat» by reporters. He is Ivorian, fleeing a war and leaving behind him his two kids. In this hotel room, Tidiane awaits his documents and housing while questioning his future. Then starts a 10 years life-story.
Authors / Creators : Les Films Volants
Participant(s) : Les Films Volants
Added on : 27 September 2021
Category : Cinema

Affiche

Crédits

Directeur(s)
Laure-Anne Bomati
Author(s)
Laure-Anne Bomati
Producteur(s)
Quilombo Films Producteur : Jérémie Reichenbach Assistant de production : Adonis Liranza Réalisation, Image et Son : Laure-Anne Bomati Musique: Soizic Lebrat, Vincent Paillard et Matéo Guyon Montage: Cécile Pradère et Sophie Averty Mixage: Jérémie Halbert Etalonnage: Clément Le Penven

Distribution information

Distributeur(s)
Les Films Volants : contact@lesfilmsvolants.com
Country
France
Directeur(s) biographique
Une enfance au Maroc, baignée par des couleurs : bleu majorelle, vert d'eau, ocres rouges ; une adolescence à Bruxelles où elle cultive avec d'autres le goût de l'absurde ; des expériences de déplacements : voici quelques-uns des ingrédients qui accompagnent Laure-Anne aujourd'hui. À 17 ans, un passage dans le Sahara Occidental lui souffle l'envie de réaliser des films documentaires. À 18 ans, elle s'installe à Paris pour y étudier l'histoire (Hypokhâgne et Université Panthéon-Sorbonne). A côté de ses études, elle vend du matériel de Beaux-Arts. Cela lui permet de s'initier à différentes pratiques artistiques grâce à la rencontre d'étudiants des Beaux-Arts. A cette période, elle s'inscrit dans un labo - où elle passe le plus clair de son temps - et y apprend la photographie argentique. Cela l'amène à Angoulême, au CREADOC (Master documentaire de création), pour y apprendre la réalisation de films documentaires. Au cours de sa formation, elle découvre le documentaire sonore et la création sonore, qui l'ouvrent vers de nouvelles possibilités de création. C'est à cette époque qu'elle commence la réalisation du film documentaire Tidiane, dont le tournage s'achévera 10 ans plus tard. Suite à sa formation, elle réalise des documentaires radiophoniques pour les émissions Creation on Air, Sur les Docks et L'expérience de France culture. Laure-Anne privilégie une approche poétique pour aborder le politique. Elle va à la rencontre d'histoires, cherchant à travers la caméra ou le micro un moyen de faire résonner la parole et le vécu. Ses médiums d’expérimentations traversent les frontières, de la gravure à l’installation vidéo. Elle s’intéresse aux expérimentations picturales sur l’image en mouvement, à la performance et à la création sonore. Pour elle, dans le processus de création, tout est lié: d'une réflexion engagée sur un projet de documentaire peut découler une image gravée. Son travail part du réel et travaille le champ de l’intime. Elle part de ses expériences et de ses rencontres pour proposer un regard sur le monde dans lequel elle s'inscrit. Elle aime aussi partir des mots pour s’en libérer, les transformer en matières sonores, musicales. Elle aime travailler la matière: le grain de la pellicule, l'effet de matière de l'alliage de ce grain avec celui du papier dans le travail de photogravure, et tout ce que cela permet d'imprévus. Elle enseigne dans des écoles de cinéma et mène des ateliers de pratique artistique. Plus récemment, entre 2015 et 2017, elle s'est formée à l'Université de Paris 8 en Art-thérapie, pour proposer à d'autres de s'emparer des médiums artistiques pour s'exprimer autrement qu'avec des mots. Elle collabore aussi à de beaux projets de films et de spectacles. Elle fait partie des collectifs Makiz'art, Etrange Miroir, MIRE et Gravissime. Aujourd'hui, elle s'intéresse à la fiction...
Un mot du réalisateur
Le 25 août 2006, je rencontre Tidiane. Nous travaillons tous les deux à la sécurité du festival Rock en Seine. Moi, je travaille pour l'été comme gardienne du parc de Saint- Cloud, lui est maitre-chien pour la soirée. Nous surveillons la « Grande cascade » et discutons toute la nuit. Il est agité, il n'a, dit-il, « pas l'esprit tranquille ». Il me dit que le squat de Cachan où il vivait vient d'être évacué. J'ai entendu parler de Cachan dans les médias. Nous parlons alors de la mise à disposition par le maire de Cachan du gymnase Belle Image pour quelques jours, de son installation à lui dans une chambre d'hôtel réquisitionnée par la préfecture du Val de Marne pour 3 semaines. Tidiane me suggère de l'accompagner les jours suivants à l'hôtel où il vit, dans la zone commerciale des Lisses, en face du Ikéa d'Evry et à côté de Courtepaille, dans un paysage d'enchevêtrements de parkings. C'est le décor d'une chambre d'un B&B de banlieue. Murs crème, rideaux bleu marine. Le lit double prend presque tout l'espace. Un dessus de lit à fleurs roses et vertes est la seule touche de couleur. De mois en mois, nous nous retrouvons dans cet espace clos, qu'il fait sien au fil du temps. Je commence à filmer. Je filmerai ensuite Tidiane pendant 11 ans. Lorsque je le rencontre, Tidiane a 23 ans. Il est ivoirien. Il a fui la guerre en laissant derrière lui ses deux enfants. Les premiers mois, les « 1000 de Cachan » se battent ensemble pour obtenir papiers et logement, et Tidiane fait des allers retours entre le gymnase et sa chambre d'hôtel. Il se crée une euphorie collective, au gré des retrouvailles militantes. Au bout de 3 mois, le gymnase est évacué, tous sont dispersés. Tidiane doit continuer à se battre seul. La présence de Tidiane à l'hôtel est sans cesse reconduite. Il fait de sa chambre son « chez lui». L'attente est longue, la solitude s'installe. Tidiane est gagné par un sentiment d'absurdité. Il se demande de quoi son avenir sera fait. Peu à peu, par petites avancées, sa situation évolue. D'autres problématiques émergent, avec d'autres attentes. A travers le quotidien de Tidiane, le film s'intéresse aux stratégies de débrouille, dans les interstices, face à une certaine violence administrative. Depuis son arrivée en France, Tidiane essaie d'être discret car il sait que du jour au lendemain, « on peut tout perdre ». Il fait « tout pour ne pas être surpris », suit la procédure et apprend la patience. Quelle est alors la place du choix pour composer sa propre destinée ? De confidence en confidence, Tidiane me raconte ses rêves et ses doutes. Et puis, il y a les imprévus, ceux qui amènent ailleurs. Reste aussi la distance, par le rire, par la joie, qui permet de tenir. En même temps, Tidiane m'observe. Il joue avec moi, retourne le dispositif et me tire dans le film. Regards complices et amusés : c'est alors l'histoire d'une relation où se confrontent nos visions de la vie qui se tissent peu à peu.

Fiche technique